But alors you are french?

Ceci est un petit article afin de partager mon expérience, et donner quelques conseils, pour ceux qui désirent partir travailler aux Etats-Unis. Mon expérience est celle d’un développeur, mais la plupart des informations sont applicables pour la plupart des expatriés du tertiaire.

Je travaille depuis un peu plus de trois ans en tant que développeur pour Terracotta, une entreprise américaine située à San Francisco, je travaille donc avec pas mal d’américains (A savoir que je suis en télétravail depuis chez moi en France). Avant celà j’ai travaillé aux Pays-Bas, en Belgique, aux Etats-Unis (en vivant sur place cette fois), bref j’ai un peu voyagé.

Ayant discuté récemment avec un développeur qui allait partir travailler aux Etats-Unis et qui me demandait quelques conseils, je me suis dit que ça serait probablement utile que j’en fasse un article sur mon blog. Donc c’est parti!

1) Je suis nul en anglais, je veux partir aux USA car comme ça je vais devenir balaise!

Mauvaise nouvelle, l’apprentissage d’une langue ne fonctionne pas comme ça. Ca demande du travail personnel. Le fait d’être immergé dans le pays étranger vous aidera à perfectionner vos connaissances, mais si vos connaissances sont faibles, vous n’allez pas apprendre la langue par magie. Vous apprendrez au mieux à vous débrouiller pour les nécessités basiques de la vie quotidienne (‘I want a ambeurgeur pliz’) mais pour vraiment progresser, le mieux est à la base de suivre des cours de langues.

D’ailleurs, c’est aussi un très bon moyen de rencontrer d’autres expatriés, ce qui peut être sympa pour vous faire des amis et ne pas rester seul. Alors à moins d’être quasiment bilingue, je vous conseille de vous renseigner par avance sur les cours de langues et de vous y inscrire.

2) J’aimerais bien partir, mais ça me fait peur

Lorsque j’essaie de décrire ce que ça fait d’habiter dans un pays étranger (vraiment y habiter, pas y être en vacances 3 semaines), l’image qui me semble le plus parlante, c’est d’imaginer d’être comme dans un rêve. Il se passe des choses, vous vivez, vous avez des réactions, des sentiments, mais tout ça est un peu irréel. Parfois, il se passe des choses et vous n’arrivez pas vraiment à en appréhender la teneur. Et c’est ça, vivre à l’étranger. Vous n’avez pas grandi dans le même environnement, vous avez vos repères, qui sont différents. De plus, souvent vous ne comprenez pas tout ce qui se dit, ou alors vous n’y êtes pas totalement attentifs (Vous feriez plus attention à des personnes qui parlent en français à côté de vous alors que les américains par défaut vous n’écoutez pas).

Bref, au final, vivre à l’étranger est plus compliqué pour certaines actions, mais d’une manière générale, c’est plus simple, car vous ne faites pas attention à beaucoup de choses qui se passent, alors que chez vous en France vous les remarqueriez. En outre, vous vous attendez à ce que la moindre chose soit difficile, donc sans y penser, vous êtes plus tolérant aux problèmes.
Aussi, tout est une aventure: Acheter un café. Conduire. Aller laver son linge. Votre quotidien va devenir différent, beaucoup de choses simples vont vous prendre du temps et de l’attention, et beaucoup de choses superflues vont disparaitre de vos préoccupations.

Donc, il ne faut pas avoir peur, vivre à l’étranger, c’est une expérience, et souvent beaucoup de gens qui sont timides, pas trop débrouillards, ou mal à l’aise dans leur pays n’hésitent pas à s’expatrier et s’en sortent sans problèmes. Il faut relativiser. Premièrement, vous ne partez pas au fin fond d’un pays tropical, et deuxièmement, vous vous accordez une expérience particulière, celle de vivre ailleurs. Vous n’avez rien à perdre, au pire des cas, vous revenez en France et vous reprenez votre vie d’avant.

3) D’accord mais alors, combien de gens partent et y restent? Et combien reviennent?

D’après mon expérience, c’est un piège de partir à l’étranger en pensant qu’on y restera ou pas. Il ne faut pas se demander “Est-ce que je vais m’y plaire et y rester?”. Il faut se demander “Combien de temps dois-je y rester?”. Selon moi, il faut décider d’une fourchette, avec une durée minimum et une durée maximum. Partir à l’étranger demande un temps d’adaptation et un cas classique est celui de la personne qui repart à peine arrivée, car elle se sent trop mal. En fait, elle ne s’est pas donnée le temps de s’adapter. C’est pour ça que mon conseil est de tabler sur un minimum de 2 ans. C’est une bonne durée pour vraiment apprécier votre séjour et y avoir assez vécu pour savoir vraiment si vous voulez rester plus longtemps. Encore une fois, vous vous accordez une expérience de vie, 2 ans sur vos 35 ans de carrières et 50 ans de vie adulte, c’est finalement assez peu.

Lorsque vous partez, mettez en pause vos projets long-terme (“je veux monter ma startup, rencontrer l’élu(e) de mon coeur, acheter un appartement”). Vous partez pour profiter de ces deux années, vous concentrer sur la vie que vous allez avoir sur place, vivre différemment. Vous retrouverez tous vos projets en rentrant. Si vous partez en ayant dans un coin de votre tête que vous perdez du temps par rapport à vos projets, vous n’allez pas vivre sereinement. Et vous ne savez pas encore ce qui peut se passer dans cette nouvelle vie, peut-être allez-vous rencontrer quelqu’un, ou monter votre startup sur place…

Pour la durée maximum, je conseillerais 4 ans. Attention, cette durée est celle envisagée lorsque vous partez, mais si vous vous y plaisez, rien ne vous empêche de rester sur place aussi longtemps que vous voulez. Cependant, partir en ayant une durée maximum en tête permet de vous projeter sur votre avenir à long terme, de savoir que quoiqu’il arrive, vous serez de retour en France dans quelques années, et ça rassurera votre entourage (amis et surtout parents) qui auront aussi en tête que vous reviendrez.

4) Deux ans minimum? Ca ne risque pas d’être long?

Ne vous inquiétez pas, ça va passer vite.
Un conseil, avant de partir, faites comme si vous alliez en vacances, regardez tous les endroits qui vous intéressent, et prévoyez vous des petits voyages… N’hésitez pas à partir les weekends, faite le touriste. On ne visite jamais l’endroit où on vit (demandez aux Parisiens quels monuments ils ont visité dans la dernière année). Alors ne tombez pas dans ce piège. C’est relativement facile par exemple de prendre un avion de n’importe où aux Etats-Unis et d’avoir le temps de passer un weekend à Las Vegas. C’est quelque chose que vous ne ferez plus une fois rentré en France. Profitez à fond de ces deux ans pour découvrir des choses, et aussi vous faire plaisir.

5) Mais je ne suis pas trop vieux pour partir vivre à l’étranger?

Non, l’âge n’est jamais un problème, les difficultés seront plutôt dues à votre situation familiale. Partir est plus facile quand on est célibataire, forcément, mais il n’est pas du tout impossible de partir avec époux(se) et enfants (surtout en se fixant une durée comme expliqué prédemment).

6) Il y a des choses à prévoir en arrivant?

En tant que développeur, vous devriez toucher un salaire bien supérieur à votre salaire français, donc vous pouvez vous permettre de prévoir un budget ‘overhead costs of living abroad’.

Tout d’abord, aux Etats-Unis, une voiture est primordiale, à moins que vous ne viviez dans une zone urbaine très bien desservie par les transports en commun (New York, San Francisco, etc.). Achetez la le plus rapidement possible car ça vous permettra aussi d’élargir votre zone de recherche pour un logement.

Evidemment, un téléphone portable local est très utile afin d’avoir un moyen d’être contacté (attention à vérifier si votre téléphone supporte les bandes de fréquences américaines, faute de quoi il vous faudra en acheter un sur place).

Sinon, un adaptateur de prise électrique est utile au moins au début (une fois installé vous pourrez en acheter sur internet).
Et une bonne paire de baskets, car là-bas, tout est beaucoup plus grand qu’en France, donc vous allez surement marcher pas mal au début, le temps de prendre vos repères!

Deux choses optionnelles mais utiles : Un petit dictionnaire anglais-français et un carnet à mettre dans votre sac afin de prendre des notes.

7) Et sinon ça se passe comment au début?

Le premier choc est celui du passage en douane. Plusieurs comiques en ont fait des sketchs, ce n’est pas pour rien. La douane américaine est souvent un moment difficile à passer, surtout en tant qu’immigrant. Alors gardez votre enthousiasme intact, même si les douaniers se montrent peu accueillants, vous aurez l’occasion de rencontrez d’autres américains tout a fait sympathiques!

Ensuite, sur place, vous vous sentirez comme dans une série, tout ce que vous voyez à la télé sera là en vrai. Et bien sûr, vous ressentirez une certaine démesure par rapport à l’Europe en général (Allez au McDo commander un menu XXL et vous comprendrez).

8) Et au boulot, quelles différences?

La hiérarchie n’est pas pesante, vous aurez l’occasion de discuter avec des gens bien plus haut placés que vous, chose impossible en France. Et surtout, vous aurez la possibilité de prendre des initiatives, vous aurez un chef, mais le style ‘petit chef qui décide de tout’ est beaucoup moins répandu.

Mais attention, ce qu’on appelle ‘flat hierarchy’ pourrait vous laisser penser que vous pouvez donner votre avis sur tout, et surtout critiquer dans tous les sens. Surtout pas, il faut savoir garder le sens de la mesure. L’état d’esprit au bureau aux USA est toujours positif. Dans la mesure du possible, on ne critique pas ou réprimande directement une personne. Alors ne vous laissez pas aller, si quelquechose ne va pas, bougez vous et prenez l’initiative d’essayer de l’améliorer. Il y a vraiment le culte de la chance pour tous, on vous félicitera si vous apportez de bons résultats, contrairement à la France où malheureusement on a peu tendance à casser ceux en dessous de nous afin qu’il ne montent pas au dessus.

La fameuse hypocrisie des Américains: Vous allez discuter avec des gens tout à fait sympas et cordiaux, ils s’intéresseront à vous, vous allez avoir l’impression plus d’une fois de rencontrer quelqu’un de spécial, avec qui vous avez une vraie entente, quelqu’un qui pourrait être un ami, et puis… Plus rien… La même personne avec qui vous avez eu une super discussion le vendredi ne vous adressera qu’un simple bonjour le lundi. Et après avoir rencontré ce genre d’attitude plusieurs fois, vous vous direz ‘Quels hypocrites ces Américains, ils sont sympas mais c’est juste une apparence’.

En fait ce n’est pas vraiment une question d’hypocrisie. Il ne faut pas oublier que chaque pays est différent et a sa propre culture. Chaque peuple grandit avec des différences, qui peuvent être plus ou moins visibles. Et c’est la grande difficulté, surtout avec les pays qui sont proches. Si vous travailliez en Asie, vous vous attendriez à des comportements très différents, alors qu’aux Etats-Unis, pas forçément, et c’est là le piège, les gens se comportent d’une façon qui peut être incompréhensible, voir désagréable ou choquante. Mais c’est juste que votre culture et la leur ne sont pas les mêmes.

Je ne suis pas ethnologue, je n’ai pas l’explication, ce qu’on m’a dit était que cette cordialité un peu superficielle était due au fait que comme le continent américain est énorme, il est courant pour les américains de déménager à des milliers de kms de toutes leurs connaissances, et de devoir reconstruire un cercle social. C’est pour ça qu’il est habituel d’être assez ouvert et chaleureux envers tout le monde, afin de rendre les rapports humains plus fluides, plus positifs, et ne pas s’isoler. (Il ne faut pas oublier qu’en France, au pire une demi journée de train permet d’aller revoir famille ou amis). Quoiqu’il en soit, ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est juste une manière différente de se comporter avec les gens. Alors il faut vous y préparer, ne comptez pas vous faire des amis facilement (Ca serait d’ailleurs pareil pour un étranger venant habiter en France), mais que ça ne vous empêche pas d’être ouvert, et de garder une attitude positive dans votre travail.

Les Français sont des raleurs. C’est une autre différence culturelle, les français ont tendant à raler et critiquer. Ca ne veut pas dire que nous voyons tout en noir, c’est juste une manière de nous défaire des frustrations quotidiennes. Cependant, être négatif est une attitude qui est difficilement acceptée. C’est un peu en raison de l’American Dream, concept qui affirme que tout le monde peut réussir, donc pensez à rester positif le plus possible avec les autres!

Un environnement cosmopolite! Je parle depuis le début des Américains, mais vous allez très probablment travailler avec beaucoup d’autres étrangers, surement des indiens, mais aussi des asiatiques, et d’ailleurs vous rencontrerez aussi beaucoup de Français dans l’informatique.

Les résultats comptent. Si vous êtes habitués aux méthodes Agile et aux daily stand-ups, vous ne serez pas choqués, sinon préparez vous, vous allez devoir rendre des comptes, régulièrement et ceci en réunion devant tout le monde. On peut vous demander en détail ce que vous avez fait. N’essayez pas de vous cacher derrière des excuses, on regardera probablement vos résultats, et pour vous faire reconnaitre, il va falloir travailler.

Personne ne vous attend. Autre grand classique, peut-être que vous êtes un bon développeur, avec une certaine expérience, et vous avez l’habitude d’être traité avec un certain respect en France au vu de votre expérience. Aux Etats-Unis, ça ne fonctionne pas comme ça. Quelque soit votre CV, l’important est de faire vos preuves. Ensuite seulement, vous serez récompensé. Cependant à la différence de la France, les récompenses sont importantes! Si vous travaillez bien, vous pouvez compter sur des hausses de salaire, plus de responsabilité, etc. Vous pouvez monter très vite si vous en avez les compétences et l’envie de réussir.

8) Une conclusion?

J’ai vécu dans 4 pays en dehors de la France, j’ai rencontré des gens de nombreuses nationalités, je me suis fait des amis de pas mal de pays, et toutes ces années à l’étranger m’ont véritablement enrichi, je ne regretterai jamais d’être parti. Et en même temps, ça m’a appris à apprécier la France. Beaucoup de choses nous sont acquises, et nous oublions souvent que nous habitons dans un des pays les plus riches au monde (riche en terme de culture aussi pour les conditions de vie).

N’hésitez pas à laisser des commentaires ou m’écrire si vous avez d’autres questions, et surtout, bon séjour!!!

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